Armoirie de Sainte-Hélène sur Isère

La Mairie de Sainte-Hélène sur Isère

11 novembre 2018

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes réunis devant ce Monument dédié aux soldats Morts pour la France, qui ont fait le sacrifice de leur vie pour notre pays, dans l’horreur absolue des tranchées.

Devant cette hécatombe, la République, en 1920, a décidé d’honorer ses soldats par la construction de monuments pour perpétuer le souvenir dans chaque village de notre pays.

Le conseil municipal, réuni en session extraordinaire du 28 décembre 1920 décide de faire participer la commune à la dépense nécessaire à l’érection du monument et de lancer une souscription particulière dans la commune pour la participation de la construction de ce Monument.

Après avoir recueilli les fonds nécessaires par délibération du 21 octobre 1921, notre conseil municipal sous l’autorité de son Maire de l’époque, Mr Quintallet, a décidé de le construire et fixe l’emplacement, où doit être élevé le monument commémoratif : dans la cour située au couchant du groupe scolaire du chef-lieu, où nous sommes rassemblés aujourd’hui.

Pour terminer cette cérémonie, je voudrais dire quelques mots pour bien marquer, surtout dans l’esprit des enfants, jusqu’où va la folie des hommes dans la manipulation des masses, cela malgré la mise en garde et l’appel de quelques hommes clairvoyants.

Nous célébrons le centenaire de la victoire de 1918 ; mais cette victoire fut l’aboutissement de quatre années, où des jeunes de vingt ans se sont affrontés dans l’inutilité des champs de bataille.

Beaucoup ne sont pas revenus ; les enfants des écoles viennent de citer pour notre commune les disparus de cette horrible tragédie, qui a marqué notre pays a jamais.

Des hommes, dès 1913 et en juillet 1914 l’avaient crié : « une guerre qui va écraser toute la jeunesse de notre pays ».

Jean Jaurès, cinq jours avant son assassinat, vint à Lyon le 25 juillet 1914 crier son mélange de tristesse, d’angoisse et d’espérance qui l’étreint à la veille de la guerre, cette guerre qui se profile et qui le sait va sacrifier toute une jeunesse, et avec elle une partie de l’espérance des peuples.

Le verdict est tombé : 3 millions de morts et disparus, des mutilés a jamais, des familles détruites, des enfants orphelins. Pour notre pays, une partie de sa jeunesse qui disparaît et, parmi eux, les meilleurs.

Des poètes, comme Charles Péguy, le romancier Alain-Fournier ou l’historien Augustin Cochin, ces trois auteurs signalés parmi les  «560 écrivains Morts pour la France» dont les noms ont été gravés sur deux plaques de marbre accrochées au Panthéon. En les parcourant, on retrouve les noms des jeunes gens qui auraient assurément été les grands artistes et les grands intellectuels des années 1920 et 1930: Henri Lagrange, auteur du seul Vingt ans en 1914, le poète fantaisiste Jean-Marc Bernard.

L’atroce expérience permit même à certains d’entre eux de devenir ce qu’ils étaient. Voyez Maurice Genevoix engagé entre août 1914 et avril 1915, sur ces côtes de Meuse qui furent le tombeau d’Alain-Fournier. Sous-lieutenant puis lieutenant au 106e régiment d’infanterie, il participa à la bataille de la Marne, aux assauts de la crête des Éparges et aux combats dans la tranchée de Calon, mais de l’autre côté. La chance de Genevoix est de ne pas avoir été tué d’une balle dans le front, comme tant de ses camarades, comme Charles Péguy, mais blessé et évacué, ce qui lui permit de mettre en forme ses carnets de guerre qu’il avait tenus depuis le début du conflit. entre 1916 et 1923, puis furent repris sous le titre général Ceux de 14 . On peut lire aussi Les Croix de bois et bien d’autres.

Le souvenir de la Grande Guerre ne s’est jamais effacé.

Le souvenir de la Grande Guerre est présent dans chaque village, dans notre village, dans chaque ville, parce qu’il n’y a pas de commune en France où un monument aux Morts n’ait été érigé, parce qu’il n’y a pas de commune en France où il n’y ait pas eu de victimes de la Première Guerre mondiale. La trace de cette guerre est inscrite également dans chaque famille, comme un patrimoine que l’on ouvre ou que l’on découvre ; comme une trace qui est entretenue, de génération en génération, avec des témoignages qui sont restés de la part de ceux qui ont vécu l’horreur.

Mesdames Messieurs,

Commémorer aujourd’hui le centenaire du 11 novembre 1918

C’est renouveler le patriotisme, celui qui unit, celui qui rassemble, qui n’écarte personne au-delà des parcours, des croyances, des origines, et des couleurs de peau.

Commémorer, ce n’est pas seulement invoquer le passé, ou le convoquer, c’est porter un message de confiance et de paix.

Je voudrais citer un extrait de cette journée du 11 novembre 1918 :

Comment Georges Clemenceau, président du Conseil, ministre de la Guerre a vécu un évènement important de cette journée.

          (Je site)Le Chef du cabinet militaire de Clemenceau,, le général Mordacq

En ouvrant la porte, je m’écriai : « Bonne nouvelle, monsieur le Président. »

C’était, en effet, un compte rendu annonçant que les délégués allemands avaient accepté, en principe, les conditions de l’armistice.

À peine Clemenceau eut-il fini de lire le compte rendu, que je le vis me regarder fixement, longuement. Ses yeux se mouillèrent et, se prenant ensuite la tête à deux mains, il se mit à pleurer silencieusement. Jamais, soit avant, soit au cours de la guerre, je ne l’avais vu en proie à une telle émotion.

Voilà ce que signifie « commémorer» aujourd’hui.

Mesdames Messieurs

Je vous remercie de votre participation.

 

Daniel TAVEL